Europe, Russie, Otan.

Europe, Russie, Otan.

nato1239012652Profitons des rayons de soleil de ce mois d’août pour sortir des frontières de notre belle région et pour republier un article que j’avais fait il y a maintenant près d’une année sur le sujet brûlant d’alors. Si l’analyse est , à mon sens, encore bonne, le souhait final n’est pas vraiment arrivé et je dirais même plus la réalité de notre ralliement à l’Otan est encore plus forte que prévu par les analystes d’alors. Donc bonne lecture et à bientôt pour de nouvelles aventures !

Les derniers évènements du Caucase font planer un profond malaise

Derrière l’obligatoire rejet moral de la guerre et la légitime compassion envers les victimes des deux camps, l’observateur lointain que nous sommes ne manque de s’interroger sur le fait de savoir qui manipule qui et pourquoi. Si la riposte militaire russe à l’opération de police de la Géorgie en Ossétie du Sud peut apparaître disproportionnée, il n’en est pas moins vrai que c’est bien le président Mikheïl Saakachvili qui a déclenché la guerre et non la Russie, pensant probablement que la période olympique allait empêcher une réponse militaire et qu’une victoire très symbolique et médiatique du David géorgien contre Goliath russe allait lui permettre de résoudre ses problèmes intérieurs. Au-delà des faits, quelles pourraient être les premières réflexions à poser pour comprendre et, le cas échéant, quelle politique la France et l’Union Européenne doit-elle mener ?

Le Russie tout d’abord.

S’il est clair que le président Medvedev et Vladimir Poutine ont profité de l’occasion pour donner une correction au président géorgien, il est tout aussi évident qu’ils ont souhaité donner des signaux à d’autres. Vieille habitude « diplomatique » : il vaut mieux s’affronter indirectement pour des petits enjeux que directement pour des gros. Pour la sécurité de la Russie, le front géorgien est moins essentiel et dangereux- que la question du positionnement politique et militaire de l’Ukraine et des pays baltes, bref des anciens pays membres du Pacte de Varsovie les plus proches des frontières de la Russie. Peut-on objectivement s’étonner que le successeur de l’URSS et de l’empire des tsars refuse de voir au plus près de ses frontières des pays membres d’une alliance militaire dont l’objet, quoiqu’il en soit, est d’être un instrument de contrôle (un « cordon sanitaire ») de la Russie. Si cette dernière a pu difficilement s’opposer politiquement à l’adhésion des anciens membres du Pacte en 1999 (d’ailleurs en oubliant les promesses faites lors de la réunification allemande) et des pays baltes en 2004, elle veut aujourd’hui fixer les limites d’un nouvel élargissement qui pourrait mettre en cause les intérêts vitaux du pays. Il s’agit là de l’application classique des instruments de la diplomatie d’équilibre des forces qui ont grosso modo permit à l’Europe de vivre en paix de 1815 à 1914.

Or, il y a un élément éminemment nouveau dans l’Histoire de notre continent

La construction de l’Union Européenne reposant sur l’entente d’anciens ennemis et sur l’acceptation juridique ( les Traités européens) qu’il existe un intérêt général supra-étatique qui peut légitimement primer sur les intérêts individuels des Etats. Il nous apparaît, à nous européens de longue date, que la façon russe de marquer ses intérêts est anachronique utilisant des « instruments » du XIXème alors que nous voulons faire une politique de paix du XXIème. Habitués depuis 60 ans aux règlements pacifiques et juridiques des conflits, nous refusons le primat ancien de la force militaire sur le droit. De plus, la volonté du Kremlin de défendre tout citoyen russe en danger laisse la porte ouverte à toute justification d’intervention de type « Sudetendeutsche » dans les pays baltes ou en Crimée.

L’attitude de la Russie doit donc logiquement nous paraître au minimum anachronique, voire potentiellement criminelle. Cette analyse est en fait sous-jacente à une grande partie des analyses et des commentaires. Dans ce cadre, une réponse de l’Union qui consisterait en une politique de sanctions croissantes serait adaptée. Une autre réponse serait donc tout aussi logiquement aveu de faiblesse et aveuglement munichois coupable.

La réalité est tout autre

S’il est vrai que la construction européenne est un modèle nouveau, il est tout aussi vrai que les pays composant cette Union n’ont pas tiré toutes les conclusions de la fin de la guerre froide et de l’ouverture de la Russie. La France, par exemple, reste bloquée sur la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires du Conseil de l’Europe pour des raisons internes alors qu’il y a un enjeu beaucoup plus essentiel pour l’équilibre en Europe orientale (souhaitons que la modification de la Constitution permettra de revoir ce dossier). Notons aussi qu’aucun des pays baltes, ni la Géorgie d’ailleurs n’ont signé cette charte.
Plus fondamentalement, si d’un côté le Pacte de Varsovie a cessé d’exister (en1991), l’Otan, de l’autre, ne cesse de se renforcer en taille et en terrain d’engagements (Irak et Afghanistan), et fêtera en 2009 son cinquantième anniversaire. L’arrivée des anciens pays du Pacte en 1999 et des pays baltes en 2004 a été présentée comme une garantie de sécurité contre la Russie. Comment voulez-vous sérieusement que la Russie ne se sente pas menacée par un nouvel élargissement vers l’Ukraine et la Géorgie ? De même, la politique énergétique affichée des Etats-Unis consiste nettement à soutenir les projets qui visent à contourner le territoire russe pour éviter de dépendre de l’influence russe. Or, la vieille devise libérale n’est-elle pas que le commerce, c’est la paix et que la dépendance des uns envers les autres est encore une fois un gage de cette paix tant revendiquée. Les dirigeants russes ne peuvent-ils donc pas justement lire cette politique comme agressive.

Alors, quelle politique pour l’Union ?

La France joue ici un rôle majeur. Il est essentiel de noter que le président Sarkozy a fixé comme priorité de la présidence française de l’Union la politique de la Défense. Construire une Europe capable de se défendre sans intervention « étrangère non continentale » est le vrai gage de l’approfondissement de la construction d’une Europe Politique. C’est aussi la condition qui fera que la Russie soit obligée de jouer selon les règles du XXIème siècle et non plus selon celles du XXème. L’Europe est politiquement faible parce qu’elle est militairement dépendante ; elle sera forte, lorsque les Etats, -et les citoyens européens-, accepteront d’assumer une indépendance affirmée et qu’ils auront soldé, enfin, les conséquences de la fin de la période 1945-1989. L’initiative française de l’Union Pour la Méditerranée va dans ce sens : l’Union commence a avoir une politique indépendante de Washington et cela va à terme pacifier les abords de la Mer Blanche, comme il faudra que ce soit le cas de ceux de la Mer Noire.
La France peut à nouveau jouer un rôle moteur dans l’élaboration d’une nouvelle carte politique du continent eurasiatique en modifiant les lieux d’alliance avec les Etats-Unis d’Amérique. Le paradoxe sera peut-être que ce soit à travers l’action d’un président que d’aucuns considèrent comme le plus atlantiste de tous les présidents de la Vème République.

commentaire août 2009 :

La France et, partant l’Europe communautaire, n’ont pas su ( voulu) jouer la carte de l’indépendance vis-à-vis des USA. L’élection d’Obama permet de “remoraliser ” notre “belle et bonne alliance”. Mais fondamentalement, cela ne change rien à l’analyse.


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4 commentaires »

  1. Jerome Bouteiller dis :

    Belle analyse luc !

    Pour ma part, je mets les USA dos à dos avec les Russes. Ce sont deux empires qui défendent leurs propres intérêts.

    Dommage que l’Europe politique ait pris du retard. Notre continent doit désormais s’affirmer comme une puissance militaire et j’espère que les Radicaux sauront infléchir la position atlantiste de l’UMP.

    L’avenir n’est ni au repli sur soi souverainiste, ni à la vassalité aux USA. L’avenir est à une Europe puissance.

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  2. Bravo pour cet article et merci de dire la vérité que peu se sont aventurés à éclairer : tout le monde (ou presque) a pris la défense des pauvres Géorgiens car il est toujours de bon ton de s’opposer au duo Medvedev/Poutine quand on est des gentlemen, et puis c’est tellement chevaleresque de prendre la défense du plus faible … ! qu’on en aurait presque oublié que les Russes, s’ils ont commis quelques dérapages dans leur contre-offensive, ont justement répondu aux attaques géorgiennes. Je n’ai vu à l’époque que l’hebdo Marianne pour dire la “vérité vraie” …

    Quant au retour de la France dans le Commandement intégré de l’OTAN, en soi, si nous la jouions “solo”, pourquoi pas … oui, mais voilà : nous sommes l’un des pays moteurs de l’Union Européenne. Or, elle n’est aujourd’hui qu’une juxtaposition d’un modèle communautaire (politique commerciale, que tu connais bien, par exemple) et d’un système intergouvernemental (politique énergétique, par exemple).
    Sur la politique de Défense et de sécurité, je ne vois pas comment l’Union pourra dessiner quoi que ce soit d’opérationnel sans un cadre institutionnel fédéral. Contre-exemple : l’absence de cohésion des positions diplomatiques lors de la Guerre d’Irak.

    Un petit salut à Jérôme en passant (je le vois toujours engagé, c’est une bonne nouvelle !), mais je ne suis guère convaincu qu’il soit réellement possible d’apporter quoi que ce soit au sein d’Un Monde Parfait, pour les Radicaux comme pour quiconque. C’est pourquoi je vous ai quittés, mes amis, ainsi que l’UMP … Si je reste Radical dans le coeur, les vents me portent vers des cieux toujours aussi idéalistes, sans doute, mais où je pense que je suis réellement utile pour autre-chose que les puériles querelles matérialistes que j’ai pu constater par le passé … ;)

    En tout cas, Luc, je découvre ton blog, et je te souhaite une excellente continuation !

    A bientôt.

    SE

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  3. Terence dis :

    Non. Je m’étonne que M. Lehner, d’habitude d’une pénétration plus vigoureuse (je parle d’analyse politique strictement), nous livre un topo aussi convenu au sujet d’une affaire pourtant assez simple. Je soupçonne d’ailleurs le bon Lehner d’une certaine perfidie dans cette retenue, qui doit le gratouiller quelque part. Il est bon de rappeler quelques faits.
    En février 2007, devant l’OSCE, M. Poutine exposait sans détour sa position et fustigeait la volonté américaine d’imposer un gouvernement global :
    « J’estime que le modèle unipolaire n’est pas seulement inadmissible pour le monde contemporain, mais qu’il est même tout à fait impossible. Non seulement parce que, dans les conditions d’un leader unique, le monde contemporain (je tiens à le souligner : contemporain) manquera de ressources militaro-politiques et économiques. Mais, et c’est encore plus important, ce modèle est inefficace, car il ne peut en aucun cas reposer sur la base morale et éthique de la civilisation contemporaine. »
    Et d’exposer son souhait d’organiser ensemble la sécurité des nations grâce à des organismes tels que l’OSCE.
    La politique balkanique américaine, de son côté, pensée comme on sait depuis au moins Carter par un certain Bzrezinski et son CFR, toujours influents à Washington, n’a pas varié depuis : cordon sanitaire, containment, blah blah blah. L’élection de M. Obama ne changera rien bien évidemment. L’Amérique a changé de slip, le sien commençait à être merdeux. Maintenant, elle arbore un slip de couleur du meilleur effet.
    La référence au XIXème siècle est ridicule, de même que celle de « Sudetendeutsche ». Mieux vaut parler de « démocratie über alles » pour les Américains et plutôt voir, dans le discours de M. Poutine, une référence aux traités de Westphalie comme modèle d’un monde de Nations.
    Aussi, les Etats-Unis auront beau téléguider toutes les révolutions colorées possibles, il faut se rappeler qu’il n’y a pas que la Géorgie : mais aussi la Crimée (les Dardanelles) évoquée par le gars Lehner, puis la Tansnistrie, la Moldavie, etc.
    Vous dites : «nous refusons le primat ancien de la force militaire sur le droit ». Amen. Comme c’est beau ! Ce louable principe nous permet-il derechef d’emboîter le pas aux vaillants Américains en Afghanistan ? Mais : au nom de quel droit ? Ah oui : une common law, peut-être ? Vous allez, j’imagine, nous dire immédiatement laquelle, en bon publiciste. Ou peut-être un Traité ? Ou une vieille alliance : comme avec la Serbie ?
    Depuis 2007 et le fameux discours de M. Poutine, il y a eu la crise financière. Loin de fragiliser l’alliance atlantique, cette crise devrait au contraire précipiter les choses. En effet, le renforcement du BRIC est plutôt de nature à affoler l’Amérique et ses caniches européens.
    Inutile de préciser que le pétrole n’est évidemment qu’un prétexte, de même que le peak oil, le réchauffement climatique et autres fadaises pour justifier une « gouvernance mondiale » chimérique et dangereuse.
    Vous posez la question de la position de la France dans ce charivari. Vous n’êtes pas assez naïf pour imaginer que la France (l’Europe n’existe pas), qui n’a plus d’armée (ou si peu) et qui fait maintenant officiellement partie de l’OTAN (M. Sarkozy ayant mis fin à une trop longue hypocrisie), dispose d’une autonomie de décision ? Vous évoquez la possibilité de « modifier les lieux d’alliance avec les Etats-Unis ». Vous rigolez ou quoi ? Donnez-moi un seul exemple où la France n’est pas à la remorque de Washington, depuis les Balkans jusqu’aux pays arabes.

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  4. Victor dis :

    En republiant cet article je me rends compte que l’évolution va plutôt vers une intégration euro-atlantique qu’Européenne à proprement parler. Les Etats-Unis ont déjà leurs chevaux de troies… d’autant plus qu’ils réclament l’entrée d’autres …

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