Quand le foot devient citoyen : rencontre entre les benjamins du Fatih Haguenau et le juge des enfants

Quand le foot devient citoyen : rencontre entre les benjamins du Fatih Haguenau et le juge des enfants

Aujourd’hui je me permets de mettre sur le blog un article lu sur le site de la Ligue alsacienne de Football. Il concerne les jeunes du Fatih, club haguenauvien à 100% dirigé par notre ami Christophe Huttel. Instructif, encourageant et prospectif…

“Les benjamins de Fatih Haguenau ont rencontré, la semaine dernière, le juge des enfants du tribunal de grande instance de Saverne pour une matinée loin du ballon mais très instructive :

« Cet échange là est important, cela prouve aussi qu’un juge des enfants peut se déplacer pour 12 jeunes benjamins », explique Claire Danko, juge des enfants au TGI de Saverne depuis plus de cinq ans. Nous sommes le 29 avril à l’hôtel des Vosges de Klingenthal. Face à elle, douze benjamins du club de Fatih Haguenau, tous en survêtement, leur entraîneur, Cadius Dally-Legrand, leur président, Christophe Huttel, des dirigeants, quelques parents, le tout dans une salle où se déroulent plutôt des séminaires d’entreprise que ce type de réunion. Chacun des enfants a préparé une question adressée au juge. « Quelle est la différence entre un comportement répréhensible et un acte d’incivilité ? » « Si je me bagarre sur un terrain de foot, vais-je passer devant un juge ? » « La violence, quelle qu’elle soit est répréhensible », a rappelé le juge des enfants qui a également longuement évoqué son rôle de protection des mineurs en danger. Rapidement, le dialogue s’installe entre le magistrat et les enfants de plus en plus à l’aise. Cadius Dally-Legrand, lève le pouce à l’adresse de ses joueurs lorsque l’un d’eux pose une bonne question, fait une bonne remarque, comme pour un dribble ou une passe bien dosée sur le terrain. Claire Danko profite du moment pour adresser quelques messages généraux, sur les « efforts qui finissent toujours pas payer », sur le fait « qu’aujourd’hui, vous préparez ce que vous serez demain ».

Entraîneur et éducateur

Soudain, la justice souvent perçue comme distante devient très proche. La matinée s’achève avec l’intervention de Denis Garcia, conseiller municipal à Haguenau, ancien gardien des SR Haguenau qui enfonce le clou, donnant une « couleur football » aux messages délivrés par le juge. Les enfants, eux, continuent à écouter, patiemment. « Qui connaît la différence entre un entraîneur et un éducateur ? » interroge Denis Garcia et c’est Jordan, le défenseur central des benjamins de Fatih qui s’y colle : « Un entraîneur il apprend le football, un éducateur, il apprend la vie ! ». Cadius Dally-Legrand lâche une moue admirative face à l’évidence de la remarque de son joueur. Armand Marx, membre du comité directeur de la Ligue d’Alsace, administrateur du domaine des règlements et de la discipline conclut la matinée.
« On a assisté à un moment très intéressant. Cela va dans le sens des projets que nous avons pour l’avenir ».

Fin de stage à Klingenthal

Cette matinée s’inscrivait dans le cadre de la semaine de stage des jeunes benjamins du Fatih Haguenau qui viennent de se qualifier pour la finale régionale de la Coupe nationale des benjamins en battant Ohlungen lors du dernier tour. L’aventure a débuté en juin 2007. « La plupart des enfants faisait partie des poussins 3 et 4 du FR Haguenau. En fin de saison, le club leur a indiqué qu’ils ne rentraient plus dans les plans pour l’avenir compte tenu de leur niveau », raconte Cadius Dally-Legrand. Alors entraîneur des jeunes, il décide de relever le défi en déménageant toute une équipe au club voisin de Fatih Haguenau qui n’a pas le moindre jeune licencié alors. « Ils n’étaient pas forcément très doués au départ, mais ils avaient très envie ». Les voilà en finale de la coupe nationale et sur le point d’accéder en Promotion. Entre temps, le club a aussi créé une équipe de 13 ans. « Au-delà des résultats, c’est le comportement des jeunes qui a changé, certains étaient en grande difficulté au plan scolaire mais ils ont progressé, continuent à suivre ».Pour récompenser tous ces efforts, Cadius Dally-Legrand a mis sur pied ce stage d’une semaine où les benjamins ont notamment été accueillis sur les installations du FC Boersch (« on a été formidablement reçu »).
« Les enfants ont vendu des tombolas, les parents ont aidés, on a trouvé quelques partenaires pour monter le projet et notre fierté et de pouvoir inviter tout le monde à déjeuner après cette matinée », ajoute Cadius Dally-Legrand, greffier « placé », c’est-à-dire itinérant, d’où l’idée de cette rencontre citoyenne avec un magistrat. « On a beaucoup préparé ce moment avec les enfants qui se faisaient une idée incroyable de la justice, des juges. Pour eux, c’était un monde hostile forcément ». Evidemment, la dialogue ouvert de Claire Danko va changer l’image, surtout avec son clin d’œil final.

« J’ai choisi d’être juge des enfants et chaque jour je suis plus intelligente que la veille grâce aux enfants que je rencontre, grâce à ce qu’ils m’apportent ».

Le fatih en question

Capable d’organiser ce type de matinée, le club haguenovien n’en affiche pas moins une santé précaire.

Club communautaire au départ, exclusivement destiné aux seniors, le club haguenovien est entré dans une lente évolution. Désormais, Christophe Huttel, ancien trésorier, est devenu président, le club accueille 126 licenciés dont deux équipes de jeunes, mais il n’a aussi plus ses propres installations et se trouve relégué au Parc des Sports. « On n’est pas chez nous, on n’a pas de local et la vie de dirigeant au club est vraiment devenu un sacerdoce », explique le président. « C’est aussi difficile d’avoir une vie associative sans local adapté, du coup notre situation financière n’est pas bonne non plus ». Si les jeunes benjamins font la fierté du club, la situation sportive générale n’est pas excellente. De nombreux joueurs seniors sont partis et Mickaël Springer, un jeune entraîneur arrivé d’Illkirch, tente de sauver ce qui peut l’être en Promotion. « On souhaitait avant tout changer l’image du club et nous y avons plutôt bien réussi.

Maintenant, il faut que la municipalité de Haguenau se détermine. A elle de savoir si elle veut qu’un deuxième club existe ».

Stéphane Heili


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2 commentaires »

  1. Merci beaucoup Luc de rendre hommage à ce club dirigé par notre ami Christophe HUTTEL.
    Effectivement, ce club, à la base “identitaire” est devenu au fil des années, grâce entre autres à Cadyus DALLY LEGRAND un symbole d’intégration et de solidarité dans la vie associative de notre commune.
    Il est intolérable aujourd’hui qu’un deuxième club de foot, qui lui, rempli son rôle social contrairement à certains autres, ne puisse jouir d’un local propre. En effet, en tant qu’ancien dirigeant de foot, j’ai toujours affirmé que l’âme d’un club se construit aussi dans son club house, lieu de rencontres et d’échanges.
    Alors aidons le Fatih, pour que demain, chaque enfant qui voudra jouer au foot à Haguenau puisse le faire, car aujourd’hui si un enfant ne répond pas au “standard de qualité” du FRH, on lui suggère de voir ailleurs, si l’herbe est plus verte !
    Inacceptable …

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  2. isabelle dis :

    incroyable. si j’ai bien compris, les gamins qui ne correspondent pas aux critères de “qualité” sont rejetés ? que comptez-vous faire pour que la ville de haguenau accueille tous les enfants ? est-ce normal d’exclure les faibles, et pourquoi pas les pauvres et les étrangers puisqu’on y est?
    incroyable et honteux !
    bravo au fathi et à tous ses dirigeants bénévoles et jeunes : ils font la fiérté de notre ville

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